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J.N. Bouilly, Mes récapitulations (deuxième époque 1791-1812)
page 179:

Chérubini, qui alors n’avait pas eu de poème dans lequel il eût pu se livrer à des chants populaires, s’adressait à tous les gens de lettres pour en obtenir; et je fus assez heureux pour remplir son attente.
J’avais déjà offert sur le théâtre Feydeau Léonore, ou l’Amour conjugal, musique de Gaveaux dont les chants naturels avaient assuré notre succès, sous les auspices de la célèbre madame Scio, devenue la Saint-Huberti, moderne, tant par la beauté de sa voix, que par sa chaleur d’ame et la dignité de toute sa personne.
Auprès d’elle brillait à ce même théâtre un talent de verve et de nature, qui donnait à tous ses rôles un cachet de vérité dont l’attrait était irrésistible: c’était l’inimitable Juliet, cultivant son art par instinct; et qui, des fourneaux d’un restaurateur, était venu se placer sur notre scène lyrique où il avait donné tant de vogue au Club des bonnes gens, à l’Amour filial et surtout aux Visitandines.
Le trait de dévouement admirable d’un porteur d’eau, envers un magistrat de mes parens, qui fut sauvé sous la terreur, comme par miracle, m’inspira l’idée de donner au peuple une leçon d’humanité.
Je composai donc, en très peu de temps, ma pièce intitulée Les deux Journées, que je confiai avec empressement à Chérubini.
Celui-ci crut trouver dans ce poème, ce qui pouvait donner à son imagination riche et féconde, tout l’essor qu’il désirait, et s’occupa, sans relâche, à composer une des plus belles partitions des temps modernes.


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