De Castil-Blaze, Chapelle-Musique des Rois de France, 1832. Page 237 et suivantes:
Le 29 mai 1825, Charles X fut sacré à Reims, selon l’antique usage.
Les officiers de la cour, les personnes attachées au service du roi, les curieux, avaient retenu toutes les voitures et tous les chevaux de poste pour plusieurs jours.
Deux cents musiciens titulaires ou adjoints de la Chapelle devaient prendre part à cette cérémonie: ils s’embarquent dans des carrosses de place, et cette caravane de troubadours et de ménestrels arrive à Reims dans des chars à numéro.
Le 28 mai, veille du sacre, Charles X entre à Reims, et se rend à la cathédrale pour entendre les vêpres, le sermon et le Te Deum de M. Plantade.
Le lendemain, le roi entre dans l’église aux sons d’une marche brillante.
La cérémonie commence; au moment où le célébrant remet l’épée au roi, la musique exécute à grand choeur l’antienne Confortare de M. Lesueur, et pendant la préparation du saint-chrême, l’antienne Gentem Francorum, du même maître.
Les sept onctions ont pour accompagnement Unxerunt Salomonem; et Vivat rex! Vivat in aeternum! les suit.
On entendit après, la marche du couronnement, et quand le sacré diadême fut posé sur la tête de Charles X, le Vivat rex! Vivat in aeternum! éclata de nouveau; mais on ne put guères juger de son effet musical cette fois, son harmonie se mêla au tonnerre de l’orgue, aux fanfares de toutes les trompettes, aux marches guerrières de toutes les musiques de régiment, aux salves d’artillerie, qui grondaient autour de la chatédrale: c’était un pompeux, un magnifique charivari.
Au moment de la proclamation, après que le Roi vient d’être intronisé, toutes les portes s’ouvrirent, selon l’usage; la foule se précipita dans l’église au bruit de ce fracas musical; une grande volière fut ouverte, et les oiseaux qu’elle renfermait se répandirent dans les chapelles, et s’empressèrent de jouir de la liberté qu’on leur offrait de manière à les épouvanter; ces volatiles ne s’étaient jamais trouvés à pareille fête.
Un Te Deum très court de M. Lesueur précéda la messe du sacre, composée par M. Cherubini.
Une marche religieuse de ce maître fut exécutée pendant la communion du roi.
Tous les autres morceaux de musique joués pendant la cérémonie du sacre appartiennent à M. Lesueur.
Le 30 mai, plusieurs morceaux furent redits pour la réception des chevaliers du St.-Esprit.
Le même jour, le roi passa en revue les troupes qui étaient campées à une demi-lieue de Reims.
Toute la musique exécutée à Reims pour le sacre était à grand choeur, point de solos; l’église est trop vaste pour qu’une, deux ou trois voix récitantes puissent y produire quelque effet.
De fortes masses d’harmonie, des images dessinées à grand trait devaient, en cette occasion, être préférées aux compositions fleuries et figurées de la Chapelle des Tuileries.
Aux éloges que méritent ces productions de MM. Cherubini et Lesueur, sous le rapport de l’invention et du style, il faut ajouter encore que leurs proportions convenaient parfaitement aux localités, et que le résultat en fut excellent.
Le choeur était composé, en grande partie, des meilleures voix, des premiers chanteurs de Paris. On y comptait:
Vingt premiers dessus.
Vingt seconds dessus.
Vingt-huit ténors.
Vingt-huit basses.
L’orchestre présentait un ensemble de trente-six violons.
Trente violes, violoncelles et contre-basses.
Vingt-huit instruments à vent.
Huit instruments de percussion.
Le 6 juin suivant, jour de l’entrée du roi à Paris, on exécute un Te Deum à Notre-Dame.
Le 8, fête de la ville de Paris, banquet royal, concert et bal.
Le 10, à l’Académie royale de Musique, première représentation de Pharamond, opéra en trois actes, composé pour le sacre.
Le 12, seconde fête de la ville de Paris, donnée aux maréchaux de france, aux préfets, aux maires, aux députés.
Le 13, bal paré à la salle des spectacles des Tuileries.
Le 16, opéra à la cour: on y représente la Vestale.
Le 17, la Comédie Française joue sur le théâtre des Tuileries, David, tragédie.
Le 19, à l’Opéra-Italien, Il Viaggio a Reims, opéra en deux actes, de Balocchi, musique de Rossini.
Le 20, à l’Odéon, Louis XII, opéra de circonstance.