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muti.ch>cherubini>galleria>Viotti>Hugo Riemann

Hugo Riemann, Dictionnaire de Musique, deuxième édition française, Paris
Entièrement remaniée et augmentée par Georges Humbert
1913, page 1073

Viotti, Giovanni-Battista, l’initiateur du jeu moderne du violon et l’un des compositeurs les plus remarquables pour son instrument, né à Fontanetto da Po (Vercelli) le 23 mai 1753, mort à Londres le 3 mars 1824; fils d’un maréchal-ferrant qui jouait un peu du cor et qui lui donna, lorsqu’il eut atteint sa huitième année, un petit violon.
Presque sans conseils,  Viotti parvint à jouer assez bien pour attirer l’attention de l’évêque de Strambino, lequel le recommanda à Alfonso di Pozzo, prince de la Cisterna, à Turin; ce jeune prince prit soin de l’éducation de Viotti et lui donna Pugnani comme maître.
Au bout de quelques année, Viotti devint violoniste de la Chapelle royale de Turin; mais il entreprit avec Pugnani, en 1780, une grande tournée de concerts à travers l’Allemagne et la Russie, tournée que suivit bientôt un voyage à Londres et à Paris.
Il arriva en 1782 à Paris et joua, à diverses reprises, jusqu’en 1783, aux “Concerts spirituels”.
Ses succès furent, à Paris, ce qu’ils avaient été à Berlin, à St. Pétersbourg et à Londres, c’est-à-dire presque sans précédents; jamais on n’avait encore entendu de violoniste d’une telle perfection.
Un caprice du public, un concert peu fréquenté et tièdement applaudi, suivi d’un concert donné devant une assistance nombreuse et très enthousiaste, par un violoniste médiocre, blessa Viotti à tel point qu’il renonça, depuis cette époque, à jouer en public: de rares élus eurent dès lors le privilège d’admirer son génie.
Mais Viotti resta à Paris, devint accompagnateur de la reine Marie-Antoinette et, peu après, maître de chapelle du duc de Soubise.
Il ne retourna qu’une seule fois dans sa patrie (1783), pour y faire cadeau d’un domaine à son père qui mourut malheureusement peu après.
Viotti avait conçu une répugnance maladive à exhiber sa virtuosité; car, non seulement il chargea d’autres violonistes d’exécuter ses compositions, mais encore il voua son intérêt à de tout autres domaines.
Il s’efforça d’obtenir la direction de l’Opéra (1787) et s’associa, lorqu’il eut échoué, avec le coiffeur Léonard qui avait obtenu un privilège pour la fondation d’un Opéra italien; ce dernier fut ouvert en 1789, aux Tuileries, et, lorsqu’en 1790 la Cour rentra de Versailles à Paris, devint le “Théâtre de la Foire St.-Germain”, jusqu’à ce qu’en 1791 l’entrée de Feydeau de Brou dans l’association permit de construire un nouveau théâtre (Théâtre Feydeau).
Mais la Révolution ruina l’entreprise et Viotti se vit forcé de songer à de nouveaux moyens d’existence.
A Londres, où il se fit entendre de nouveau quelques fois aux concerts de “Hannover Square”, il trouva un accueil enthousiaste; mais il dut bientôt s’enfuir, car on le soupçonnait d’être un agent de la Révolution.
Jusqu’en 1795, il vécut retiré dans le voisinage de Hambourg, puis il revint à Londres; mais il ne se produisit plus en public et entra comme associé dans un commerce de vins, en sorte qu’il était presque entièrement oublié lorsqu’il reparut, en 1802, à Paris, pour y rendre visite à ses anciens amis.
Sur la demande de Cherubini, de Rode, etc., il joua dans la petite salle du Conservatoire et l’on découvrit avec étonnement que non seulement il n’avait rien perdu de son ancienne maîtrise, mais que son jeu s’était encore perfectionné et n’était surpassé par celui d’aucun rival.
Viotti ne resta que peu de temps à Paris; il y revint en 1814, aussi pour quelque temps seulement, puis s’y fixa tout à fait en 1819.
Il reprit alors la direction de l’Opéra, à une époque où celui-ci était en pleine décadence, mais il ne réussit pas à remettre l’entreprise à flot (les temps meilleurs ne vinrent qu’avec la “Muette de Portici”, d’Auber; “Guillaume-Tell”, de Rossini, et “Robert le Diable” de Meyerbeer).
Ce fut lui qui finalement se vit attribuer la responsabilité de l’état de choses régnant et retirer la direction (1822).
Il mourut au cours d’un voyage qu’il avait entrepris pour se distraire.
Les compositions de Viotti occupent un rang élévé dans la littérature du violon, bien que leur auteur n’ait, en realité, jamais suivi de cours de composition; un instinct musical sain et la pratique comblèrent les lacunes de son savoir, et ses oeuvres devinrent, à mesure qu’augmentaient son expérience et sa science, plus habiles et plus substantielles.
Viotti a écrit 29 concertos de violon, dont les 9 derniers sont désignés par des lettres (A à I), puis deux morceaux concertants p. 2 violons; 21 quatuors pour instr. à archet; 21 trios p. 2 violons et violoncelle; 51 duos de violons (op. 1 à 7, 13 [sérénades], 18 à 21; 18 sonates de violon avec basse (les 6 dernières désignées, trois par trois, par les lettres A et B); 3 divertissements (nocturnes) p. piano et violon et une sonate de piano.
Quelques-uns de ses quatuors et de ses trios ont aussi paru en arrangements, comme sonates de violon.
Plusieurs notices biographiques ont été publiées sur Viotti par Fayolle (1810), Baillot (1825), Miel (1827) et Arthur Pougin (1888).


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