Le meilleur des morceaux exécutés à la fête de la Victoire (10 prairial an IV).
Avec une grande simplicité de moyens, Cherubini a produit une oeuvre claire, très mélodique, pleine de vigueur et de charme, d’une grande pureté d’écriture et dont l’effet est certain.
L’intérêt et la variété s’y rencontrent dans le choix et l’élégance de la mélodie, la beauté de l’harmonie et la couleur de l’instrumentation.
Non seulement les instruments ne doublent pas servilement les parties vocales; ils entrent tour à tour, alternent par petits groupes ou dialoguent de façon charmante.
Les voix sont traitées avec habileté.
Cet hymne ne fut pas un des moins appréciés lors des auditions que nous donnâmes à la Société de l’histoire de la Révolution le 13 mars 1897, à la salle des fêtes du Grand Hôtel le 21 du même mois et à la Bodinière le 21 avril suivant.
Il est surprenant qu’il n’ait pas été publié à l’époque de son apparition par le Magasin de musique à l’usage des fêtes nationales (l’édition c n’est qu’un extrait avec variantes qui ne saurait donner une idée de l’oeuvre), et qu’il soit resté à peu près complètement ignoré jusqu’à la publication intégrale que nous en avons faite en 1894.
Cette ignorance a même été cause qu’un des biographes de Cherubini M. A. Pougin n’a signalé cet hymne que d’après un autre écrivain dont il semble d’ailleurs considérer l’assertion comme douteuse:
“Castil-Blaze, qui devait être moins bien informé que Cherubini, lui attribue cependant (1) deux autres chants patriotiques: un Hymne à la Victoire dont Carbon de Flins aurait écrit les paroles et un hymne funèbre sur la mort du général Joubert dont Chaussard lui aurait fourni les vers.
Ni l’un ni l’autre n’est mentionné par Cherubini (2).”
Ce n’est pas sans raison que souvent l’on conteste les assertions du fantaisiste Castil-Blaze, et M. A. Pougin a pensé qu’il devait s’appuyer de préférence sur un document émanant de l’auteur même: l’Agenda où Cherubini inscrivit les événements principaux de sa carrière et les titres de ses compositions.
Mais il n’a pas pris garde que, pour la période révolutionnaire, ces notes n’ont pas la précision habituelle à l’auteur.
Il s’est produit une interruption, réparée plus tard par une mention générale dont la rédaction prouve qu’elle a été écrite postérieurement et d’après ses souvenirs.
Si donc Cherubini n’a point inscrit son hymne sur ses tablettes, c’est par pure omission.
Outre la partition (a), divers documents contemporains en attestent l’existence: programmes et comptes rendus, éditions du Magasin de musique (c, d); par conséquent, c’est pour une fois Castil-Blaze qui a raison contre l’historien consciencieux qu’est M.A. Pougin.
Signalons deux fautes de gravure dans l’édition (e): page 95 (1ère accolade, 8e portée, 5e mesure), il faut un bécarre (au lieu d’un dièze) devant le fa; 2e accolade, même portée, 6e mesure, lire do au lieu de si (1er temps).