On a été surpris de trouver dans notre volume Musique des fêtes…. l’année 1798 indiquée à la suite du titre de cette chanson dont les paroles datent du commencement de l’année 1794 (voir n. 1218), nul ne l’ignore, et l’on a généralement conclu à une faute d’impression.
Quoique la musique de Cherubini n’ait pas été signalée à cette époque, nous aurions probablement classé cette pièce à l’année 1794 si, par bonheur, nous n’avions découvert la curieuse lettre que voici:
Paris, le 23 pluviôse l’an 6e de la République française (11 février 1798). Le citoyen François (de Neufchâteau), membre du Directoire exécutif, au citoyen Sarrette.
Je me suis procuré, citoyen, une copie de la très jolie chanson du Salpêtre, dont je vous avais parlé, et qui ne doit pas être oubliée dans la collection des chants patriotiques.
La voici telle quelle a été chantée dans le tems sur un théâtre de Paris.
Il y manque la date du jour et de l’année; mais je l’ai demandée et je vous l’enverrai par supplément.
Le recueil admettra-t-il quelques gaîtés? Elle rompraient la monotonie.
J’en joins ici une sur la supression des costumes religieux. Il faudrait aussi quelque chose pour le calendrier, etc. Je suis à la recherche.
Salut et fraternité.
François (de Neufchâteau)
Il est donc évident que Cherubini composa sa musique seulement pour le recueil précité et postérieurement à la lettre ci-dessus transcrite.
Cette chanson avait eu beaucoup de vogue en l’an II, et il est probable qu’elle fut chantée sur l’air primitif plus fréquemment qu’avec la musique de Cherubini.
Celle-ci est cependant pleine de vigueur; dans l’accompagnement on remarque les imitations (mes. 22 et 24) et les sf (mes. 30, 31) qui sont d’un effet énergique.
La missive de François de Neufchâteau témoigne en même temps de la rareté des documents datant de quatre ans à peine et de la difficulté de se procurer les détails les concernant; elle prouve enfin que ce n’est pas sans motif que nous avons contesté quelquefois l’exactitude de certains renseignements contenus dans le recueil dont il y est question.
Ainsi se trouvent infirmées les conclusions de M. J. Tiersot relatives à l’antériorité de l’oeuvre de Cherubini.
Après avoir mentionné les Stances de Catel (v. n. 1250) exécutées le 30 ventôse an II (20 mars 1794), et la Réponse de Dalayrac (v. n. 1436) parue le 8 messidor (26 juin), cet écrivain, parlant de l’oeuvre de Cherubini en s’appuyant sur la date d’exécution donnée par le recueil des Epoques (pluviôse an II-janv.-fév. 1794), s’exprime ainsi: “ le chant de Cherubini est donc antérieur à ceux de Dalayrac et de Catel, étant consacré à l’inauguration de l’Ecole; il est aussi le premier que l’auteur ait écrit pour les fêtes nationales” (Ménestrel, 17 juin 1894, p. 185).
Il y a une distinction que notre confrère n’a pas faite.
Le renseignement contenu dans le recueil des Epoques s’applique aux paroles chantées à l’origine sur un air connu, et non à la musique.
Par suite, ce chant n’est point le premier qu’écrivit Cherubini.