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Choeur exécuté le 18 fructidor an VI (4 septembre 1798). Voici encore une oeuvre de Cherubini digne de retenir l’attention, tant pour son intérêt que pour sa beauté. Elle est du type à couplets sur des motifs différents. L’introduction, pleine de vivacité et d’entrain, d’allure fière et énergique, est suivie du 1er couplet très court chanté à l’unisson par les voix d’hommes aiguës, auquel s’enchaîne le refrain traité avec beaucoup de verve dit par le choeur entier. Le deuxième couplet d’un mouvement plus lent et écrit pur troix voix en soli, est d’une bonne expression; mais le plus remarquable est sans contredit le troisième. Les huit mesures sostenuto du prélude forment une excellente préparation au choeur, dont les entrées des diverses voix sont bien comprises, et qui se développe entièrement sur une superbe pédale de fa (mes. 8-27); de plus, sous le mot “ténèbres” largement posé (mes. 15), circule lentement une harmonie dissonante parfaitement appropriée au sens des paroles. L’allegro qui suit offre d’heureux effets, non moins suggestifs; tels les dessins rapides ascendants et descendants sous les mots hachés du choeur: “atteint” et “brise” (mes. 39-42); d’autres traits encore plus rapides sont à remarquer un peu plus loin sur “leurs poignards” (mes. 49). Le 4e couplet comprend un retour du motif initial par tous les soprani et du refrain par le choeur; puis vient un andante pour soli à trois parties, dans lequel les voix dialoguent agréablement (mes. 80-115) et, pour péroraison, une reprise du thème du refrain, plus développé que précédemment, où les retards de la basse dans l’accord de sixte (mes. 173-175) produisent un bon effet. Les circonstances seules se sont opposées à la publication de cette belle oeuvre qui a été imprimée pour la première fois intégralement dans notre recueil (f). Quelques altérations du texte poétique, et des lapsus, se sont glissés dans la version musicale (Musique des fêtes et cérémonies). Le compositeur a employé une cheville en ajoutant la conjonction et au troisième vers du 2e couplet entre les mots “justice, humanité”, (pag. 205, mes. 18), pour appuyer la phrase mélodique. Au 3e couplet, il doit y avoir glissaient au lieu de glissent (p. 207, mes. 14); il faut le pluriel à “leurs mains” (page 209, mes. 35); de même au 4e couplet, on doit lire “ces” et non “ses” (p. 213, mes. 14, 17). La découverte, aux Archives nationales (F17 1065), du rapport ci-après nous permet de dévoiler l’anonymat sous lequel s’est intentionnellement dissimulé l’auteur des paroles: Paris, le ructidor an 6e de la République, une et indivisible. Rapport présenté au ministre de l’Intérieur. D’après l’invitation du Ministre, le citoyen Andrieux a composé un Chant pour le 18 fructidor; mais il veut garder l’anonyme. On a appris depuis qu’il existe un chant mis en musique par un artiste du Conservatoire et consacré à la célébration de cette mémorable époque. Il n’en convient pas moins de faire imprimer, tant à la suite du programme qu’isolément, le chant du citoyen Andrieux. L’esprit public ne peut que gagner à la publicité de ce genre de production. On propose au Ministre d’autoriser l’impression du chant du citoyen Andrieux à la suite du programme et d’en faire tirer séparément sans nom d’auteur, le nombre de 4'000 exemplaires qui seront distribués pendant la cérémonie sur l’amphithéâtre et les talus de Champ de Mars. Approuvé: François, de Neufchâteau. L’on ne connaît que deux hymnes sur le 18 fructidor: l’un fut mis en musique par Méhul l’artiste du Conservatoire visé dans le rapport ci-dessus dont les paroles sont dues à Lebrun-Tossa; l’autre est anonyme et a été inséré dans le programme de la fête (Anniversaire du 18 fructidor, impr. de la République, 8 fructidor an VI, in-4°). C’est, à n’en pas douter, de ce dernier qu’il est question dans le susdit rapport, et cette coïncidence nous autorise à conclure que l’hymne de Cherubini, dont un fragment musical a été publié sans nom de poète, a pour auteur Andrieux. La partition autographe ne fait d’ailleurs pas davantage connaître son nom. Dans le courant de ventôse an VI, un nommé Regnault Lavigne, employé au département de la Marne, avait proposé au Directoire un Hymne triomphal sur le 18 fructidor. Le 29 de ce mois (19 mars 1798), il fut invité à envoyer la partition de son oeuvre afin qu’elle pût être soumise au Conservatoire. Dix jours après, le 9 germinal, il la fit parvenir au Ministre qui la transmit le 21 du même mois au Conservatoire (10 avril), en l’invitant à l’examiner et à faire passer son avis “sur le mérite de cette production qui annonce dans son auteur des sentiments républicains”. (Arch. Nat. F 17, 1297, pièces 186 à 188.) ![]() |
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