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LODOÏSKA

Comédie héroïque en trois actes

Ouverture.

ACTE PREMIER

Le Théâtre représente une forêt.
On voit au fond un château antique, en avant une tour très élevée et très saillante, des fossés, un pont-levis; on aperçoit haut de la tour une lucarne défendue par une grille de fer: la scène, à droite et à gauche, est occupée par des arbres et des rochers.


Scène II
Titzikan un Tartare

parlé:

Le Tartare
Mais Titzikan, quel est ton dessein sur ce Dourlinski?

Titzikan
Je n’en sais rien encore.

Le Tartare
Et tu viens de dire à tous nos Tartares de se tenir prêts,
sans savoir ce que tu veux entreprendre.

Titzikan
Sans doute… je suis lent à me préparer, prompt à saisir l’occasion,
et courageux dans l’action.

Le Tartare
Mais encore faudrait-il savoir…

Titzikan (avec force)
Je sais que je veux me venger,
et c’est assez pour moi.

Le Tartare
Sais-tu que ce Dourlinski est puissant?…

Titzikan
Sais-tu que Titzikan est brave?

Le Tartare
Mais ces tours, ces fossés, ces fortifications sont terribles!

Titzikan
Tant mieux; un succès difficile aura pour moi plus de charme.

Le Tartare (avec mystère)
Il est un moyen de te venger…

Titzikan
Parle; quel est-il?

Le Tartare
Tu sais que ce Dourlinski sort de son domaine pour différentes incursions…
Son escorte, souvent peu nombreuse, pourrait nous favoriser, et…

Titzikan
Triompher d’un traître par la trahison, c’est l’imiter et non pas le vaincre…
Souviens-toi que tu conseilles Titzikan.

Air

Titzikan
Triomphons avec noblesse,
devons tout à la valeur;
la ruse est une faiblesse;
elle flétrit le vainqueur.
Si tu m’offres la victoire,
peins-la digne de mon coeur;
Titzikan chérit la gloire,
mais offerte par l’honneur

parlé:

(Ici le Théâtre s’éclaire par degrés.)

Titzikan
Le Soleil se lève; retirons-nous…
Mais, qu’aperçois-je?…
Deux étrangers viennent à nous; ils sont à pied…
Ils portent l’habit polonais…
Comment ont-ils pu échapper à la vigilance de nos Tartares?…
Viens, ami, écartons nous,
et sachons quel est leur dessein.

(Ils se cachent.) 


Scène III
Floreski, Varbel (portant une petite valise)

Varbel
Fort bien, Seigneur, continuez…
Vous faites des merveilles!
Les Tartares nous ont pris nos chevaux, et nous voici à pied
au bout de la forêt d’Ostropol.

Floreski
Ils nous ont surpris

Varbel
Sans la nuit que a favorisé notre fuite,
nous eussions bien pu accompagner nos montures?
Que faire?

Varbel
Ma foi, ce qu’il vous plaira…
Quand à moi je ne bouge d’ici jusqu’au soir…
J’ai une faim du diable et ce tronc d’arbre
va me servir de table.

Floreski
Et… si d’autres Tartares viennent encore nous troubler?…

Varbel
Eh bien, j’en serai enchanté!…
Nous aurons le plaisir d’être vendus à l’encan par des corsaires…
Mais ce qui me consolera, c’est que vous l’aurez bien mérité.

Floreski
Tu grondes sans cesse…
Pourquoi m’as tu suivi?

Varbel (brusquement)
Pourquoi? Pourquoi?…
Parce que mon faible coeur
l’emporte sur ma colère
et qu’en dépit du sens commun je veux partager votre infortune
pour vous sauver la moitié de vos peines.

Floreski
Généreux Varbel! Par tout je te retrouve…
Crois que ma reconnaissance

Varbel (avec impatience)
Oh! Vous ne m’en devez pas…
C’est bien malgré moi si dans cette occasion mon attachement l’emporte.

Floreski
Mon cher Varbel, apaise-toi.

Air

Varbel
Voyez la belle besogne,
vraiment j’en rougis pour vous;
courir toute la Pologne!
On nous prendrait pour deux fous.
Vous cherchez une maîtresse
Que vous ne trouverez pas;
moi, j’ai la sotte faiblesse
de m’égarer sur vos pas.
Partout dans notre déroute
Nous demandons tous les jours,
si l’on a vu sur la route
l’objet de vos chers amours.
On répond avec surprise:
quel est donc ce bijou-là?
Nous disons avec franchise:
la belle Lodoïska.
On rit de notre sottise,
et puis l’on nous plante là.
Courtiser femme jolie
C’est un plaisir de saison;
on peut aimer pour la vie
et conserver sa raison;
mais, courir toute la Pologne!
Vraiment j’en rougis pour vous
.

Parlé:

Floreski
Que pouvais-je faire?

Varbel
Il n’aurait pas fallu voter en faveur d’un Prince
qui déplaisait au père de Lodoïska.

Floreski
Que me dis-tu?
Obligé par la mort de mon père de remplir sa place à la Diète,
la justice m’a imposé le voeu qu’avait formé mon père.
Ce Prince règne, et j’ai fait mon devoir.

Varbel
Soit: mais vous deviez bien vous attendre à ce que le père de votre belle
vous retirait sa parole et sa fille.

Floreski
Etait-ce une raison pour me séparer d’elle
et cacher à l’univers le lieu de sa retraite?

Varbel
Ah! C’est qu’il vous connaissait bien.

Floreski
Toujours je l’avais trouvé sévère
mais du moins juste et bienfaisant.

Varbel
Ajoutez entêté,…
Mais n’en disons point de mal puisqu’il est mort.

Floreski
Et malheureusement avec son secret.

Varbel (avec impatience)
Ce secret peut-il toujours en être un.
N’était il pas plus naturel d’attendre à Varsovie, que Lodoïska
informée de la mort du Prince Altanno son père,
y vint réclamer tous ses droits et les soins maternels?

Floreski
Mon ami, encore quelques recherches
et je cède à tex voeux.

Varbel (avec la plus grande impatience)
Mais imaginez vous qu’on ait choisi les grandes chemins pour sa prison?…
Dieu merci, nous n’en sortons pas…
Nous avons l’air de deux insensées
qui menons notre folie à travers les forêts;
Mais grâces au Ciel, nous allons changer notre manière,
les Tartares y ont mis bon ordre,
et comme deux pèlerins nous nous en retournons à pied.

(Ici Titzikan et les Tartares paraissent)

Floreski
Varbel, voici deux Tartares…
Ils nous observent.

Varbel (avec une impatience ironique)
Ah! À la bonne heure!
Voilà ce que j’attendais.
Ils vont nous rosser…
ou… nous les rosserons.

Scène IV
Floreski, Varbel, Titzikan, Un Tartare (Talma)

Quatuor

Titzikan
Etrangers, n’ayez point d’alarmes;
nous ne sommes point inhumains;
mais il faut remettre vos armes
à l’instant même entre nos mains.

Floreski
D’où te vient donc autant d’audace?
Penserais-tu m’épouvanter?
Crois-tu qu’en vain l’on me menace?
Cesse de le tenter!

Titzikan
Crois-moi, cède sans résistance;
jeune homme, un peu plus de prudence!

Floreski
Renonce à ce frivole espoir!
Je redoute peu ton pouvoir.

Talma
Il faut nous satisfaire;
vous comptez vous soustraire en vain.

Varbel
Je vois bien que dans cette affaire
le rosser c’est le plus certain.

Floreski
Eloignez-vous!

Titzikan
Vaine espérance!

Varbel
Ah, c’est trop fort!

Talma
Oui, j’en conviens.

Titzikan
Obéissez!

Floreski
Quelle insolence!

Talma
Vous vous rendez!

Varbel
Je n’en crois rien.

Titzikan, Talma, Floreski, Varbel
C’est aussi trop d’indulgence,
je me livre à mon transport;
contre mon impatience
n’opposez aucun effort.

(Le combat s’engage; Varbel se bat avec le Tartare
qu’il poursuit jusque hors du Théâtre.
Titzikan reste aux prises avec Floreski.)

Scène V
Floreski, Titzikan

(Floreski, après quelques instants de combat, désarme Titzikan, et lui tient la pointe au coeur.)

parlé:

Titzikan

Un brave homme, tel que toi, doit être généreux…
Je te demande la vie…
J’aurais épargné la tienne;…
Je ne voulais que te désarmer…

Scène VI
Floreski, Titzikan, Varbel (accourant l’épée à la main)

Varbel

Gardez-vous Seigneur, d’écouter un sentiment de pitié…

C’est sans doute un piège qu’il vous tend,
pour reprendre sur vous l’avantage…

Floreski, (rendant la liberté à Titzikan)
Je compte sur ta foi.

Titzikan
Tu fais bien, jeune homme;
ton bienfait est déjà gravé dans mon coeur.

(Ici l’on entend le bruit d’une horde de Tartares, accourant pour venger Titzikan.)

Varbel
Je vous l’avais dit, mon maître, que la pitié
nous ferait retomber au pouvoir de ces brigands.

Titzikan
Quand on a montré ton courage,
on compte ordinairement sur la foi d’autrui…
Je suis le chef de cette horde…
Tous ces Tartares me sons soumis…

(Les Tartares viennent avec violence, le sabre è la main: Titzikan s’oppose à leur desseins.)

Arrêtez!… Arrêtez!…
Respectez ces étrangers, je les prends sous ma garde;
partagez avec moi la reconnaissance que je leur dois…

(à Floreski)

J’étais ton ennemi; de plus, je suis Tartare,
mais un coeur généreux
peut naître en tous les climats…
En t’attaquant j’ai fait mon métier; …
Tu as fait ton devoir en te défendant bien…
Tu m’as laissé la vie…
Je sauve la tienne…
Je t’admire…
Estime-moi…
Embrassons-nous.

Floreski
De tout mon coeur.

Titzikan
Quel est ton nom?

Floreski
Je suis le comte Floreski.

Titzikan (à Varbel)
Et toi?

Varbel
Varbel. Le serviteur fidèle d’un Maître malheureux.

Titzikan (à Floreski)
Que dit-il?…

Tu es malheureux…
Que puis-je pour toi?…
Parle…
Ouvre moi ton coeur…
Mon ami, ma fortune peut elle réparer…

Floreski
Je te remercie.

Titzikan
Accepte…
je t’en prie, sois généreux une seconde fois…

Floreski
Homme admirable!…
Si ce n’était que le besoin d’or qui tourmentât mon coeur,
je me ferais un devoir d’accepter tes secours;…
mais une douleur cruelle!…

Titzikan
Que puis-je pour l’adoucir?

Floreski
Rien, mon ami.

Titzikan
En ce cas, ne m’en parle point; ne pouvant te soulager,
ma curiosité ne te serait qu’importune…
Adieu; je vais vous quitter…
(aux Tartares)
Compagnons, que les noms de Floreski et de Varbel 
soient aujourd’hui les mots de l’ordre sur toute la côte.

Trio avec choeur

Titzikan
Jurons, quoiqu’il faille entreprendre,
amis, de nous joindre à leur sort,
oui, s’il le faut pour les défendre
nous combattrons jusqu’à la mort.


Floreski
J’accepte avec reconnaissance
le digne présent de ton coeur,
oui, par cette heureuse alliance
je soulagerai ma douleur.


Titzikan
Non, non, point de reconnaissance;

je n’ai besoin que de ton coeur;
puisse cette heureuse alliance
soulager au moins ta douleur.

Varbel
Il ne veut pour sa récompense
Que le présent de votre coeur;
oui, par cette heureuse alliance
soulager au moins ta douleur.


Floreski
Oui, par cette heureuse alliance
je soulagerai ma douleur.

Titzikan
Amis, amis!

Titzikan, Choeur
Jurons! Jurons!
Jurons quoi qu’il faille entreprendre,
amis, amis
de nous joindre à leur sort.
Oui, s’il le faut pour les défendre
nous combattrons jusqu’à la mort.

Floreski, Varbel
Ils jurent de tout entreprendre,
et de s’unir à notre sort.
Oui, s’il le faut pour nous défendre
ils combattront jusqu’à la mort.

Parlé:

Titzikan
En te quittant, Floreski, je veux encore emporter ton estime…
Garde-toi de croire qu’un intérêt sordide attire Titzikan dans cette forêt…
Le Baron de Dourlinski dont tu vois d’ici le château…

Floreski
Dourlinski, dis-tu?…
Ce nom m’est connu.

Titzikan
Puisse-tu ne jamais connaître que son nom…
C’est un scélérat qui a ravagé mes possessions…
Mais vengeance éclatera au premier instant favorable.
Je venais reconnaître les lieux,
et dans la crainte d’une surprise
j’avais ordonné qu’on désarmât tous ceux qui aborderaient ici…
Tu vois ma confiance…
Vous n’êtes point faits, l’un et l’autre, pour en abuser.
Adieu, braves amis!…
Je vais moi-même veiller à votre sûreté.
(à Floreski)
Donne-moi la main…
Je sens là que je t’aime pur la vie!
(à Varbel)
Toi je t’estime.
Tu es courageux. Tu aimes bien ton maître…
Vous vous méritez tous deux.
Adieu…
Pensez, quelquefois à Titzikan.
Tâchez d’avoir besoin de lui, et vous verrez comme il vous servira!…
(Aux Tartares)
Marchons.

(Il sort avec sa horde)

Scène VII
Floreski, Varbel

Floreski
Quel étonnant langage.

Varbel
Ma foi, Seigneur, je n’en reviens pas;
être tout ensemble Tartare, honnête homme, sensible, franc et généreux!…
Ce n’est qu’en voyageant beaucoup
qu’on peut rencontrer un tel prodige.

Floreski
Ce château, dit-il, appartient au Baron de Dourlinski,
si la mémoire ne me trompe.
Il était lié avec le père de Lodoïska.

Varbel
Cela est vrai, mais que nous importe…
C’est assez nous arrêter, si vous m’en croyez,
mangeons vite un morceau et plions bagage.

Floreski
J’y consens.

Varbel
Venez, mon cher maître, voici près de cette tour
un banc qui nous sera très commode.
(Ils s’asseyent.)
Avez-vous de l’appétit?

Floreski
Nullement

Varbel
Moi, beaucoup…
Surtout depuis cette petite partie quarrée que nous venons de faire…
J’ai une faim…
Comme vous voyez.
Quant à vous, vous vivez d’amour…
Cela fait une superbe nourriture.

Polonaise

Varbel
Souvent près d’une belle
j’osais parler d’amour;
je brûlais fort pour elle
sans jeûner un seul jour.
Sûr qu’en fait de tendresse
Il n’est qu’un bon moyen:
c’est de prouver sans cesse
que l’on se porte bien.

Floreski
Perdre ma belle?
Plutôt le jour;
je vis pour elle
et meurs d’amour.
Espoir, tendresse
sont mes soutiens;
amour, maîtresse
sont tous mes biens.


Varbel
Qu’un tendron à ma guise
vienne m’offrir son coeur,
je pourrai sans remise
lui prouver mon ardeur.
De l’amour à la table
le plaisir me conduit;
et sans être coupable,
je change d’appétit.

Floreski
Qu’amour me conduise
un tendre coeur;
il lui déguise
tout son malheur.
Tromper aimable
quand il sourit;
il nous accable,
blesse et s’en rit.


Après la Polonaise.

Parlé:

Floreski
Notre événement avec ces Tartares est singulier.

Varbel
Oh! Ce n’est peut être pas le dernier grâce à vos prouesses…
Nous sommes vous et moi dans le train des grandes aventures
(on jette une pierre de la Tour)
Bon… en voici une d’une espèce à nous casser la tête…
Passons, s’il vous plaît, sur l’autre banc…
(Ils traversent et s’asseyent.)

Floreski
Une pierre se sera détachée de la tour.

Varbel
Parbleu! Cela se voit…
Mais ici nous éviterons les fâcheux effets de la décadence
de cette antique forteresse.
(Il tombe une seconde pierre)
Encore?

Floreski
Ce hasard, en apparence, ne cacherait-il pas quelque mystère?…

Varbel
Toujours le même! Cherchant des motif extraordinaires
à des choses simples…
Voulez-vous que je vous dise quel mystère cela cache?…
C’est … que si nous ne décampons au plus vite,
nous courons les risques de porter la tour sur nos épaules.

Floreski (regardant à terre la première pierre)
Que vois-je?…
Des caractères!
(Il ramasse la pierre)
O ciel! Varbel; … regarde ces mots tracés…
“Est-ce vous, Floreski”…
Grand Dieu! Qui peut nous connaître en ces lieux…
Vois mon ami, ramasse l’autre promptement…
Varbel (Attant cherche la seconde pierre).
Ceci commence aussi à m’étonner

Floreski
Eh! Bien! …, donnes donc!!

Varbel
La voilà

Floreski (lisant)
“C’est toi… je te reconnais…
Délivre la malheureuse Lodoïska; mais sois prudent!”
Ah! Varbel!
Elle est enfermée dans cette horrible tour…
Lodoïska!… ma digne amie!…
Je te sauverai… ou je périrai avec toi…
Varbel, où est Titzikan?…
J’ai besoin de ses secours…
Inutile espérance, il est bien loin…
Varbel, aide-moi de tes conseils…
Je ne suis plus à moi.

Varbel
Si vous ne rappelez votre raison…
Je ne vous donne aucun avis

Floreski (toujours agité)

Eh bien, mon ami, tu vois…
Je suis calme…
Je m’abandonne à toi dépêche toi…
Le temps presse…
Prends pitié de moi…
Je te devrai plus que la vie…
Tu vois que j’attends…
Eh bien quel moyen as-tu trouvé?

Varbel
Donnez-vous donc patience.

Floreski (avec emportement)
Mon ami, j’en ai…
Mais, au nom de tout ce qui m’est cher, ne me fais pas languir…

Varbel
Il nous faudrait être en forces.

Floreski
Oui; mais nous n’y sommes pas…
Ainsi…

Varbel
Allons à Varsovie; nous reviendrons, avec vos amis,
forcer le maître de ce château de nous la rendre.

Floreski
Non, non: pendant ce temps elle deviendrait la victime de ce barbare…
Je t’en prie, un autre moyen que nous puissions employer là tout de suite

Varbel
Ma foi, je n’en vois aucun.

 

Scène VIII
Floreski, Varbel, Lodoïska (dans la tour)

Finale

Lodoïska
Floreski! Floreski!

Floreski
Je t’entends!

Varbel
Paix!

Floreski
Elle appelle!

Varbel
Paix!

Floreski
Elle appelle!

Varbel
Ecoutons bien tous deux.
Paix!


Lodoïska
Prends garde à toi!
Fuis ce séjour affreux!
Fuis d’un tyran la colère cruelle!


Floreski
Non! Non! Ne l’espère pas!
L’amant le plus fidèle
veut te ravir à ces funestes lieux!


Varbel
Entendez-vous l’avis qu’elle vous donne

Floreski
Non, non, jamais!
En vain elle l’ordonne!
Je ne puis plus quitter ces lieux sans toi.


Lodoïska
Cruel!
Tu me glaces ‘effroi!
Tu te perdrais sans sauver ton amie
!

Varbel
Vous voulez exposer sa vie.

Floreski
Je n’écoute que mon transport;
tu peux compter sur mon courage!


Lodoïska
Tu te mettras dans l’esclavage,
sans pouvoir adoucir mon sort.

Varbel
Elle a raison;
soyez plus sage, elle a raison;
vous tenteriez un vain effort.

Lodoïska
Tu te mettras dans l’esclavage
Sans pouvoir adoucir mon sort.

Floreski
Tu peux compter sur mon courage!
Je n’écoute que mon transport.

Lodoïska
Mon ami! Mon ami!

Floreski
Je t’attends

Varbel
Paix! Paix! Faites silence!

Lodoïska
A minuit…

Floreski
A minuit…

Varbel
A minuit? Ecoutons.

Lodoïska
Tu pourras…

Floreski
Je pourrai…

Varbel
Chut, chut! De la prudence!

Lodoïska
M’apporter…

Floreski
Je porterai…

Varbel
Lui porter… observons.

Lodoïska
Un billet…

Floreski
Un billet…

Varbel
Un billet? Comment faire?

Lodoïska
Du sommet…

Floreski
Du sommet…

Varbel
Du sommet? Un moment!

Lodoïska
De la tour…

Floreski
De la tour…

Varbel
De la tour?...

Bonne affaire!

Lodoïska
Un ruban…

Floreski
Un ruban…

Varbel
Un ruban? C’est charmant

Lodoïska
Que le Ciel…

Floreski
Que le Ciel…

Varbel
Que le Ciel, j’imagine.

Lodoïska
Me laissa…

Floreski
Te laissa…

Varbel
Lui laissa, bon moyen.

Lodoïska
Me rendra…

Floreski
Te rendra…

Varbel
Lui rendra… je devine.

Lodoïska
Cette lettre…

Floreski
Ah, Varbel!

Varbel
Oui, je comprends fort bien.

Floreski
Ah, Varbel!

Varbel
Oui, je comprends fort bien.

Lodoïska
Sois prudent, je t’en conjure
au nom du plus tendre amour.

Floreski
Calme-toi, je t’en conjure
au nom du plus tendre amour.


Varbel
Croyez-la, je vous conjure,
méfiez-vous en ce jour.

Lodoïska
Cache une telle aventure
aux tyrans de ce séjour!

Floreski
Mon coeur dans cette aventure
présage un plus heureux jour!

Varbel
Un témoin de l’aventure
peut nous perdre sans retour!

Lodoïska
Sois prudent!

Floreski
Calme-toi!

Varbel
Croyez-là!

Lodoïska
Cache une telle aventure
aux tyrans de ce séjour!

Floreski
Mon coeur dans cette aventure
présage un plus heureux jour!

Varbel
Un témoin de l’aventure
Peut nous perdre sans retour!

Lodoïska
Sois prudent! Je t’en conjure
au nom du plus tendre amour.

Floreski
Calme-toi! Je t’en conjure
au nom du plus tendre amour.

Varbel
Croyez-là! Je vous conjure,
méfiez-vous en ce jour.

Lodoïska
Sois prudent!

Floreski
Calme-toi!

Varbel
Croyez-la!

Lodoïska
Sois prudent!

Floreski
Calme-toi!

Varbel
Croyez-la!

Lodoïska
Sois prudent! Sois prudent!

Floreski
Eh bien, qu’allons nous entreprendre?

Varbel
Il faudrait…
Il faudrait suivre son conseil;
demain au lever du soleil
à Varsovie il faut nous rendre.

Floreski
Pour ce projet as-tu compté sur moi?

Non, non, Varbel, détrompe-toi.

Varbel
Il me vient une idée…
Attendez, mon cher maître…
Non… c’est trop dangereux!
Non… cela n’irait pas bien.

Floreski
Oh, cela te paraît trop périlleux, peut-être.

Varbel
Oui, c’est trop dangereux !

Floreski
Tu vas voir, mon ami,
que ce n’est presque rien.

Varbel
Cela vous plaît à dire,
au risque de la vie;
eh, qu’importe,
au surplus je vous la sacrifie.

Floreski
Tu ris, je vois que ce projet
Est bien conçu,
puis qu’il te plaît.

Varbel
Il faut par un moyen unique
Pénétrer jusqu’à ce château.

Floreski
Oui, ce transport est vraiment beau
et ton projet est magnifique.

Varbel
Le tyran ne sait point, Seigneur,
qu’elle vient de perdre son père;
vous allez passer pour son frère,
et nous demanderons de la part de sa mère
votre Lodoïska.

Floreski
Je te dois mon bonheur!
Allons, il faut nous introduire;
sonne en toute sécurité.

Floreski, Varbel
Sonne!
Exécutons ce projet concerté.

Varbel va tirer la sonnette du Pont-levis; une Trompette paraît un moment après sur le rempart; Floreski lui fait signe de sonner, ce qu’il exécute.

Altamoras
Etrangers, pourrait-on s’instruire,
que demandez-vous en ces lieux?

Floreski
Au maître du château
tous deux nous vous prions
de nous conduire.

Altamoras
Peut-on savoir votre projet?

Floreski
Oui; devant lui, s’il le permet.

Altamoras
Il faut remettre vos armes.

Floreski
C’est prendre enfin trop de souci;
c’est passer trop loin vos alarmes.

Altamoras
C’est l’usage en entrant ici;
suivez-moi, mais prenez garde.

Choeur
Suivez-nous, mais prenez garde.

Altamoras, Choeur
Craignez l’aspect de ces lieux;
prenez garde.


Floreski, Varbel
Marchons, marchons,
mais soyons en garde;
pénétrons jusqu’en ces lieux.

Altamoras, Choeur
Prenez garde.

Floreski
Pour l’amour je le hasarde
ce projet si périlleux.
Marchons, marchons!

Varbel
Pour vous seul je le hasarde
ce projet si périlleux.
Marchons, marchons!


Altamoras, Choeur
C’est en vain que l’on hasarde
un projet audacieux.
Suivez-nous, prenez garde!
Marchons, marchons!