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Lettre du 10 août 1846 de Spontini à Madame Branchu
citée dans Julien Tiersot, Lettres de musiciens écrites en français, 1924, page 392:

Laquelle de vous trois, mes admirables, incomparables Julia, Amazily, Statira, et cetera, est devenue si capricieuse et si bizarre au point, d’avoir eu l’inconcevable cruauté de se transporter à ma porte, l’hiver dernier, pour y déposer une carte, sans y indiquer l’adresse?...
et d’avoir le lendemain quitté précipitamment Paris, sans vouloir méchamment ni me recevoir ni me voir?...
Et cette autre qui vient de m’écrire un bien charmant billet, sans y marquer non plus, ni de quel pays, de quelle rue, ni de quelle région du globe?
Laquelle était-ce donc?...
Du moins la sage et grande Reine Statira, la triste veuve d’Alexandre, n’aura pas osé, je l’espère, se conduire et agir aussi légèrement!...
Plutôt se poignarder, suivant son antique usage!...
J’aurais cru même, qu’elle aurait mieux conseillé ses folles jeunes soeurs, habituées à se jetter, par excès d’amour, à la nage dans le grand lac de Mexico, ou à se faire enterrer toute vivante sur les bords du Tibre, au pied du Capitole, ou de la roche Tarpéienne, ou encore sous les voûtes sombres du palais de Numa, dans le forum romain!!
Et pourtant! Reçu à peine ce susdit billet, qui m’est si cher, je courus auprès de mes confrères illustres, Halévy et Auber; et hier encore, à l’Institut aréopage, je les ai abordés! Et ce dernier, qui a reçu aussi, m’a-t-il dit, un pareil billet semi-anonyme, sans date, ni adresse, ni lieu, m’a nonobstant bien assuré, que la protegée, vivement recommandée, soit de Julia, d’Amazily, ou soit de Statira, quoique n’ayant pas obtenu un prix matériel, elle avait cependant été très honorablement nommée, mentionnée, et jugée fort distinguée et digne!! Ce n’est pas trop peu!!
Lorsqu’il adviendra, pour ma consolation, et mon bonheur véritable et sincère, que l’une ou l’autre de ces trois chères filles, évadées et endurcies, m’exprimera sa bonne envie et le plaisir vrai de se faire reconnaître de moi, de me voir, de m’entendre, me parler et de m’embrasser, oh, alors, je leur dirai du fond de mon coeur, ou je leur écrirai, que je conserve encore la gloire, que je la conserverai toujours toute ma vie, et jusqu’au delà du tombeau, d’être, de vivre et de mourir (le plus tard possible) de Julia, D’Amazily, de Statira et cetera,
le tout affectionné, sensible et le plus tendre Père
SPONTINI

Du chateau de la Muette, à Passy
ce 10 août 1846

 

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